Paloma : “Ça me plaît de me dire que si je suis connu, je ne le suis pas en tant que figure masculine toxique”

Une dizaine de jours après son sacre, rencontre avec Paloma, reine de “Drag Race France”.

Irrésistiblement drôle en Fanny Ardant “cosmique”, incandescente dans les vêtements rougeoyants de Lady Oscar ou encore espionne de nuit toute de velours vêtue dans la peau de l’actrice du muet Musidora, Paloma, tout au long de la première saison de Drag Race France, aura célébré à chacune de ses apparitions le cinéma et la culture. Alors que vient de paraître le beau clip de son single Love, l’artère – somptueuse ode cinéphile où s’entrecroisent De Palma, le giallo, Britney Spears, Mylène Farmer, le Rocky Horror Picture Show et des clins d’œil au cinéma de Jacques Nolot ou Paul Vecchiali -, et avant que ne débute la tournée de Drag Race France, rencontre avec la reine dans un café parisien, et avec le roi qui se cache derrière, Hugo Bardin.

Ça fait un peu plus d’une semaine que tu as gagné Drag Race France, comment te sens-tu ?

Paloma — Je pense que c’est un peu compliqué de rationaliser le fait d’avoir gagné Drag Race quand on regarde l’émission depuis dix ans. J’ai toujours été très fan, j’ai toujours eu envie de la faire, je ne pensais pas qu’elle arriverait en France, tout s’est passé tellement vite. En novembre, il y a eu l’annonce. En janvier, on savait si on était prises et en mars, on tournait. Je pense que j’ai réalisé quand j’ai reçu des messages des gagnantes des saisons américaines. Je m’attendais à ce qu’il y ait un engouement du public queer, mais je ne pensais pas que le grand public allait adhérer autant, que la presse allait nous suivre à ce point.

Comment expliques-tu le décalage qui existe entre les États-Unis, où RuPaul’s Drag Race existe depuis treize ans, et la France ?

C’est très bizarre les États-Unis par rapport à ça. Autant ils sont vachement réacs sur plein de trucs, autant ils assument très fort leur côté progressiste sur d’autres. Il y a une vraie célébration des LGBT, de la culture queer. Le drag fait partie de la culture américaine. Les gens vont voir des drag shows aux États-Unis, comme nous on va au cinéma. Les drags sont vraiment considérés comme des artistes, comme des personnes qui font de l’entertainment. Nous, soit on nous voit comme des gens qui font de l’animation, soit on pense que c’est un hobby de fin de soirée. Quand je regarde des documentaires des années 1990, 2000, on est des go-go dancers dans les soirées du Marais, c’est très réducteur. Je pense aussi qu’en France, il y a un certain snobisme culturel, une hiérarchisation de l’art. C’est quelque chose que je sens depuis toujours, parce que je viens du théâtre et que je connais la bataille théâtre privé, théâtre public, cinéma d’auteur et cinéma grand public. Étonnamment, avec le drag, on arrive à être aimé par tous les publics. C’est ce qui me plaît dans la réaction des gens. L’émission permet de voir qu’on est à la fois là pour divertir, avec ce côté un peu politiquement incorrect, outrancier, qui fait partie de l’essence du drag, et, en même temps, c’est une vraie discipline artistique qui peut être poétique, référencée, réfléchie, avec une vraie rigueur.

“Autant les États-Unis sont vachement réacs sur plein de trucs, autant ils assument très fort leur côté progressiste sur d’autres. Il y a une vraie célébration des LGBT, de la culture queer”

Tu as été désignée comme la drag intello de cette première édition. Est-ce que c’est cet endroit-là, entre le mainstream et quelque chose de plus “auteuriste, de plus pointu, que tu convoites dans la vie, en tant qu’artiste ?

J’ai toujours fonctionné comme ça. Quand j’ai commencé le théâtre, je me souviens avoir entendu des directeurs de théâtre de salles très sérieuses me dire : Ah non, mais vous vous faites du spectacle. Je ne comprends pas ce que ça veut dire. Je crois que c’est très impoli d’ennuyer les gens et qu’on peut les faire réfléchir tout en étant drôle ou en étant divertissant. Je la cite tout le temps parce que je m’identifie un peu à elle, et je trouve qu’elle a une place importante dans la culture française, c’est Valérie Lemercier. Elle arrive à être aimée autant par les intellos que par le grand public, parce que, justement, elle ne se positionne pas, elle n’a pas ce regard très snob, qui consiste à vouloir plaire à un certain public. Je trouve que le snobisme marche dans les deux sens : ne vouloir plaire qu’au grand public ou ne vouloir plaire qu’à une élite. Je trouve ça idiot, on ne choisit pas son public quand on fait de l’art, on crée quelque chose sans vouloir le placer sur l’échelle sociale. Les drag queens sont des artistes un peu marginaux, sous-côtés depuis toujours et, de fait, personne ne les attend. Faisons ce qu’on a envie de faire, les gens se reconnaîtront ou pas. Moi qui connais très bien l’émission, qui savais quand même un petit peu ce qu’il fallait faire pour la gagner, je savais très bien que je prenais un risque énorme en étant autant authentique. Au début, je me suis dit : Pourquoi tu fais pas le truc qui va plaire à tout le monde?. Parce que je n’en suis pas capable, je ne me serais pas senti intègre. Je suis arrivé dans la compétition en pensant que je n’allais pas du tout fédérer et qu’on allait me sortir les mêmes trucs qu’au lycée : L’intello avec de vieilles références, t’as 20 ans, mais t’en as 70 dans ta tête.

Tu t’es souvent senti en décalage avec ton âge ?

J’ai toujours dit que je voulais être comme Karl Lagerfeld : je veux connaître toute l’histoire du monde, mais je veux être connecté au présent. Je trouve ça important d’être connecté à ce qui se fait aujourd’hui, à ce qui marche, à ce qui plaît, mais je considère que ma culture est importante. J’ai grandi dans une famille où l’histoire, l’histoire de l’art, ce qui a été fait avant sont aussi importants que ce qui se fait maintenant. J’essaye d’intégrer ma culture un peu vieillotte à mes goûts d’aujourd’hui. Quand j’ai fait mon défilé Lady Oscar, j’étais persuadé que c’était un truc que personne ne connaissait. Finalement, j’ai reçu des centaines de messages, en plus, c’est une icône lesbienne donc je me suis mis dans la poche toutes les lesbiennes, ce qui me va très bien.

Tu disais que ton appréhension était liée aussi au fait que tu n’as pas une histoire douloureuse.

C’est un truc assez général dans notre groupe : tout le monde va bien. On a tous et toutes, à part une ou deux exceptions, eu des histoires de famille assez paisibles. Mais c’est vrai que quand je suis arrivé dans l’émission, je me dis dit que j’étais le cliché du blanc privilégié, à l’aise avec son genre, qui vient d’une famille plutôt bourgeoise, intello. Mais je pense que le fait d’aller bien est un message fort qui est envoyé pour une première saison. Quand on a une place qui n’est pas acquise, il vaut mieux envoyer des signaux positifs. Même là, en promo, je me rends compte que lorsque qu’on me pose des questions politiques, mon premier réflexe est de dire ce qui ne va pas. Je pense que pour changer les choses et pour se faire entendre, il faut commencer par trouver ce qui est positif, ce qu’on peut améliorer. Dit comme ça, ça fait un peu un discours de Miss Universe, j’entends. Mais on est sur un siège éjectable tout le temps, on le voit bien aux États-Unis, on remet aujourd’hui en question le droit à l’IVG, c’est gravissime. Donc même si j’ai envie, parfois, de hurler ma rage, il faut aussi que j’ai un discours qui fédère, surtout qu’on entend beaucoup de choses sur “le lobby LGBT, le lobby LGBT…” Ça m’agace, mais ces gens-là, si j’arrive et que je gueule, ils ne vont pas m’écouter, alors que si je les fais rire, que j’essaye d’être plus malin, peut-être que les choses vont avancer.

Tu penses que la colère est importante ?

La colère est importante, je pense que Virginie Despentes n’aurait pas la carrière qu’elle a si, à un moment, elle n’avait pas gueulé très, très fort. Même chose pour les féministes. D’autres gens ont gueulé avant moi, mais moi je suis une drag queen, les gens ont envie de rigoler avec les drag queens. Ce n’est pas mon emploi, je ne suis pas politicien, je suis un personnage qui est amené à parler de politique parce que c’est ce qu’on attend d’une drag queen, mais il ne faut pas que j’oublie que je suis aussi un clown.

Comment tu définirais le drag aujourd’hui ?

Ah, cette question… J’ai l’impression que, quel que soit l’axe que je prends, ce n’est jamais le bon. Les gens ont tendance à dire que le drag c’est un garçon qui s’habille en femme. Alors non, si ça n’était que ça, ça ne serait pas intéressant. Mon but, quand je fais du drag, n’est pas d’être une femme ou de ressembler à une femme, d’ailleurs je ne ressemble pas à une femme et je pense qu’aucune femme ne se reconnaît dans mon personnage.

“Mon but, quand je fais du drag, n’est pas d’être une femme ou de ressembler à une femme, d’ailleurs je ne ressemble pas à une femme et je pense qu’aucune femme ne se reconnaît dans mon personnage”

C’est un bon argument pour contrer celles et ceux qui parlent de “woman face”...

C’est pour ça que je tiens à en parler. Le drag n’est pas le reflet d’une réalité, ce n’est pas une tentative d’imitation. Le drag, ça peut être tout et n’importe quoi, n’importe qui peut en faire, les hommes, les femmes, cisgenres, transgenres, non-binaires. Tout le monde peut choisir d’explorer un genre ou pas. Je pourrais très bien jouer une espèce de créature irréelle, qui ne soit pas genrée, et ça aurait le même intérêt. Dans Drag Race est mis en lumière un type de drags plus genrés parce que l’émission, historiquement, est aussi un peu une parodie des concours de beauté. Mais il faut le prendre au millième degré. Quand je me mets en drag, le but est de me créer un personnage qui soit un peu irréel, qui soit plus fort que moi, qui laisse les gens pantois, qui fascine et qui me permette de faire de l’art. Je sais très bien que s’il n’y avait pas eu Paloma dans ma vie, j’aurais eu du mal à percer parce que je ne fitte pas avec les codes. Paloma me permet d’avoir un coup de projecteur. Je pense que le drag sert à ça : à s’exprimer, à créer, à avoir un discours politique. Je cite toujours Lady Gaga ou David Bowie, je trouve que ce sont de bons exemples. Ce sont des personnes qui n’étaient pas dans le moule, et qui se sont créées leur propre personnage public, leur moyen d’expression.

Est-ce que tu te souviens de la première image drag qui t’a marquée ?

Je pense que c’est Ursula dans La Petite Sirène, qui est d’ailleurs basée sur Divine [drag queen créée et incarnée par l’acteur américain Harris Glenn Milstead], filmée par John Waters, qui est une drag queen comme beaucoup de méchantes de Disney. Avec Ursula, il y avait ce truc qui allait au-delà d’une image féminine réaliste. Je me suis reconnu en tant que garçon queer. J’en parlais dans une interview l’autre jour, quand on étudie l’histoire de Walt Disney, l’époque du maccarthysme, on voit que les méchants dans la fiction aux États-Unis dans les années 1950 – 1960 étaient souvent homosexuels ou queer, parce que, justement, il y avait la chasse aux homos. Du coup, un personnage était encore plus menaçant s’il était ambigu sexuellement. C’est pour ça que les méchants hommes sont toujours hyper précieux et que les femmes sont toujours maquillées comme des travestis. Quand on analyse bien les méchants dans les dessins animés, ils ont souvent des raisons de l’être, ils sont souvent rejetés par le groupe, ce sont des outsiders, ils ne sont pas dans la norme. Je pense aussi que c’est pour ça que les queers, on s’identifie beaucoup à ces personnages-là.

Paloma est-elle une compression de toutes tes héroïnes d’enfance ? Elle a quelque chose de suranné, un peu gothique.

J’étais complètement gothique, romantique au lycée. J’avais de la dentelle partout, mon but était de ressembler à Isabelle Adjani dans La Reine Margot, d’être blanc comme neige avec de longs cheveux noirs. On en parlait l’autre jour avec Kam [Kam Hugh fait partie des drag queens de la saison 1 de Drag Race France], et on se disait que c’était drôle à quel point notre drag ressemble à nos héroïnes et à nos goûts adolescents qu’on n’assumait peut-être pas avant. Mais quand tu te mets à faire du drag, ce sont des choses qui reviennent. Au début, je ne voulais pas trop donner une identité précise à Paloma et, en fait, je me rends compte qu’il y a un truc qui lie l’ensemble, c’est mon adolescence et ces héroïnes comme Lady Oscar ou Milady qui était espionne de Richelieu dans Les Trois Mousquetaires. Encore un personnage de méchante, alors qu’elle s’est faite violer et pendre par son mari. Tu m’étonnes qu’elle ait envie de se venger des hommes ! Fantine dans Les Misérables aussi. J’ai vraiment un truc avec le 17e et le 18e siècles. Et puis Mylène quoi ! De toute façon, il y a un lien entre Mylène et Lady Oscar.

À partir de quand as-tu créé Paloma ?

Récemment. Avant Paloma, je faisais un peu de drag, mais je faisais plein de personnages différents. J’ai commencé le drag très jeune, à 17 ans, dans un spectacle à Clermont. Puis, je suis venu à Paris, j’ai fait les cours Florent. Je faisais du drag sur scène dans des spectacles en tant que comédien, mais je n’appelais pas ça du drag. Je jouais juste des rôles féminins ou des rôles de travesti. Puis, j’ai arrêté pendant des années avant de créer une série en 2017-2018 qui s’appelait Gourmandes, où je faisais la cuisine avec des personnages de drag queen, mais il n’y avait pas encore Paloma à l’époque. C’est quand j’ai écrit le scénario de mon court métrage Paloma que je me suis dit que j’allais créer ce personnage sans savoir que ça allait devenir ma vie. Je voulais simplement vivre vraiment l’expérience de drag, les performances sur scène, les Lip Sync… À partir de ce moment-là, j’ai commencé à faire des scènes ouvertes. C’est là que j’ai rencontré Kam et La Grande Dame [comme Kam Hugh, fait également partie des drag queens de la saison 1 de Drag Race France] avec qui je suis devenu ami. J’ai travaillé tout de suite en tant que drag queen et c’est là que Paloma est devenu mon personnage public et de scène. Depuis un an, le drag occupe 80 % de mon temps.

Dans l’interview que tu as accordée à TROISCOULEURS, tu dis que les personnages masculins ne t’ont jamais beaucoup intéressé au cinéma. Paloma te permet à la fois d’accomplir le fantasme de devenir les héroïnes que tu as aimées, mais aussi d’être l’actrice que tu aurais rêvé d’être.

Je pense que le truc que m’a appris Paloma, c’est que Hugo n’est pas moins bien. Pendant longtemps, je me disais que Paloma allait être parfaite, qu’elle allait cocher toutes les cases. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus de facilité à accepter de travailler aussi en tant que Hugo. Avant, en tant que comédien, quand on me proposait des projets, j’avais peur d’être ridicule, de ne pas me sentir légitime en tant que mec pas viril. Peut-être qu’aujourd’hui, je me poserais moins la question parce que, justement, j’ai Paloma. En ce moment, j’ai vraiment envie de travailler en tant que Paloma, mais je ne suis pas fermé pour travailler en tant que Hugo. C’est quelque chose que je pourrais répondre à Marguerite Stern et aux TERFs [littéralement trans-exclusionary radical feminist, renvoie à des féministes qui excluent les femmes trans des luttes féministes], par rapport au fait que je me reconnaisse davantage dans les rôles féminins. Je pense que c’est ça le lien entre les drag queens, les personnes LGBT de manière générale, et les femmes. Ce qui ne m’intéressait pas dans les personnages masculins, et ce qui ne m’intéresse pas chez les hommes d’une manière générale, c’est que leur place est tellement acquise partout que ce sont des personnages qui ne s’excusent jamais d’être là. Ils sont tellement omniprésents qu’ils ne se posent aucune question sur leur légitimité. Ça me les rend, pas tous mais certains, complètement opaques. Dans les films, souvent, je vois l’actrice qui essaye d’exister et je sais à quel point c’est plus difficile pour elle de s’imposer, d‘avoir un rôle qui a de l’intérêt. Je trouve toujours les rôles féminins plus beaux, parce qu’il y a cette dimension un peu tragique derrière. Je me sens beaucoup plus proche des nanas, parce qu’elles ne m’ont jamais rejeté quand j’étais ado. Elles ont toujours été des alliées pour nous, donc il y a forcément une reconnaissance et une fascination. Ça me plaît de me dire que si, aujourd’hui, je suis un peu connu, je ne le suis pas en tant que figure masculine toxique, je le suis en tant que figure de garçon qui joue avec des codes de féminité et qui montre une image non-toxique de la masculinité.

“Je pense que le truc que m’a appris Paloma, c’est que Hugo n’est pas moins bien”

Ce sont tes parents qui t’ont initié au cinéma, au théâtre ?

Mon grand-père m’a amené l’histoire de l’art, la lecture, ma grand-mère, la lecture et la musique. Ma tante, c’était le théâtre, mais le cinéma, c’est vraiment mon endroit à moi. À 11 ans, je me promenais dans Clermont avec ma grand-mère et j’ai vu les affiches de Huit femmes de François Ozon. À l’époque, il y avait des affiches individuelles, chacune des actrices avait la sienne. C’était un peu une chasse au trésor dans Clermont. J’ai tanné ma grand-mère pour faire le tour de Clermont et pour toutes les trouver. Quand je suis rentré, j’ai vu dans Télérama qu’il avait trois ou quatre pages sur le film. J’ai dit à ma grand-mère : “ ”On y va !“. C’était Noël 2002, il neigeait comme dans le film et ça a été un choc absolu. Le féministe que je suis revient sur certains trucs aujourd’hui. Les femmes sont très cruelles entre elles, c’est le gros défaut du film, mais c’est ce qui m’a donné envie de faire du cinéma, de réaliser. À partir de là, j’ai bouffé la filmographie de toutes les actrices : Huppert, Ardant, Deneuve, Béart et toutes les autres. Emmanuelle Béart, c’est vraiment l’actrice qui me touche le plus, c’est un peu inexplicable, j’ai l’impression de comprendre sa faille. Le cinéma a été très cruel avec elle, les gens l’ont poussée à être une image charnelle et le jour où elle a abîmé cette image, on l’a oubliée. À part deux ou trois réalisateurs qui ont vraiment su filmer son cul et son âme en même temps, comme Rivette, j’ai à chaque fois l’impression que la caméra la viole et que ça se voit dans ses yeux. Du coup, elle a un truc dramatique comme Romy Schneider. Elle me bouleverse. Ma cinéphilie a commencé comme ça. Après, il y a eu Tim Burton, qui a beaucoup joué, qui m’a ouvert au cinéma américain. Et puis Almodóvar.

C’est le cinéaste qui t’inspire le plus aujourd’hui ?

Sauf peut-être deux ou trois films récents, où je commence à sentir qu’il a les deux pieds dans le système. J’aimais bien les films bricolés du début, en studio, avec des décors peints. Ce sont des films que j’aurais aimé réaliser. Je trouve que ça manque en France. En Espagne, tout le monde peut aller voir un Almodóvar et se marrer, se reconnaître. Il n’y a aucun snobisme dans la manière qu’il a de parler des gens et, en même temps, c’est un cinéma hyper pointu, hyper arty. En France, le cinéma du milieu a disparu, je suis un peu nostalgique des années 1990, où on faisait des films hyper grand public, des films historiques, avec de gros budgets : La Reine Margot, Cyrano, Vatel, Le Bossu… Les gens se ruaient en salle et ça plaisait, ou, sans parler de films historiques, les films de Jaoui et Bacri, le cinéma d’Étienne Chatiliez. Il y avait une époque où on savait faire ce cinéma-là. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, soit on veut refaire le succès de la veille avec des gros sabots et des comédies qui tâchent, ou alors on est dans un cinéma hyper élitiste, célébré à Cannes.

Est-ce qu’il y a des cinéastes qui t’intéressent aujourd’hui ?

J’adore Céline Sciamma. J’aime beaucoup Sólveig Anspach et Louis-Julien Petit, je trouve que c’est un bon exemple de quelqu’un qui a réussi à faire le lien, à faire de la comédie sociale intéressante. Je me rends compte que le média qui a très bien compris ça, c’est la série. C’est un média qui n’a pas peur de faire des choses risquées tout en étant grand public. La série ne tient pas s’il n’y a pas une ouverture au grand public et, en même temps, c’est un endroit où on peut être hyper créatif.

Tu en regardes beaucoup ?

Je dévore les séries. Je suis un fan de The Crown. J’ai dévoré, à l’époque, Orange is the new black. Ma série préférée de tous les temps, c’est What We Do in the Shadows, une série américaine sur des vampires en coloc. La série qui est très importante pour moi, c’est Absolutely Fabulous. J’adore les Anglais, ils savent faire ce fameux humour intelligent.

Tu as déjà réalisé plusieurs films, dont un long métrage. Tu as d’autres projets de réalisation ?

Un mois avant de faire Drag Race, je réalisais un court en costumes d’époque sur la chasse aux sorcières à la Renaissance. C’était un téléfilm interactif pour une application et j’en ai fait une version courte qui va bientôt sortir. Sinon, j’ai un projet de long. Je suis très ami avec Bambi, qui est dans le documentaire de Sébastien Lifshitz. Elle est la première femme trans à s’être officiellement déclarée comme femme trans en France, elle était au cabaret Madame Arthur. Elle m’a ouvert tous les manuscrits qu’elle a écrits sur sa vie, elle a une tonne d’archives et j’aimerais beaucoup faire un film sur Madame Arthur, sur les cabarets travestis dans les années 1950 – 1960 à Paris et sur ces pionnières qui ont traversé la Méditerranée pour se faire opérer, et qui ont vécu des vies complètement incroyables. J’ai des projets de théâtre, j’aimerais bien faire un seul en scène, j’ai aussi un projet de pièce avec des drag queens et, surtout, j’aimerais bien avoir une chronique à la télé, un peu genre Catherine et Liliane, ou alors avec carrément un talk-show, comme ce que faisait Ru Paul avec le RuPaul show, un truc branché culture, cinéma, musique.

Toutes les infos sur la tournée Drag Race France ici.

Paloma : “Ça me plaît de me dire que si je suis connu, je ne le suis pas en tant que figure masculine toxique” – Les Inrocks