Cinq films pour se souvenir que Netflix, c’est aussi du cinéma

Il faut bien le reconnaître: l’offre cinéma de Netflix est de moins en moins excitante. Le catalogue originel s’est passablement effiloché, les événements se font rares, et ce ne sont pas certains ajouts prétendument prestigieux qui suffiront à rendre l’ensemble plus sexy –pardon mais qui s’abonne à Netflix ou conserve son abonnement pour voir des films de François Truffaut?

Fort heureusement, tout n’est pas à jeter, et c’est notamment le cas de ces cinq films, qui, à différents degrés, viennent relever le niveau. Et rappeler que Netflix, même si on l’oublie bien souvent, n’est pas qu’une plateforme de consommation de séries.

«Le haut du panier», le rookie dans le sas

La carrière d’Adam Sandler consiste une fascinante collection de sommets (Punch-drunk love, Uncut gems) et de gros navets (de Jack and Jill à The Ridiculous 6), cette seconde catégorie étant bien plus fournie que la première. Le haut du panier (Hustle, en version originale) vient s’ajouter à la liste des meilleurs films de l’acteur, ainsi qu’à celle des productions les plus intéressantes sur le basket-ball –aux côtés d’un autre film Netflix, High flying bird de Steven Soderbergh.

La trame est classique: un recruteur entre deux âges, qui fut jadis promis à un brillant avenir de joueur avant de tout gâcher, tente le tout pour le tout afin de permettre à un basketteur de rue venu d’Espagne d’intégrer une équipe de NBA. Le haut du panier est un film de sport de haute volée, qui dit de très belles choses que l’existence. Y a-t-il plus important qu’une carrière? C’est quoi, une vie réussie? Il y a un petit côté Creed dans le film réalisé par Jeremiah Zagar. Sauf que si l’acteur (et basketteur des Toronto Raptors) Juancho Hernangómez n’a pas tout à fait le charisme de Michel C. Jordan, Adam Sandler est en revanche dix fois meilleur que Sylvester Stallone.

Un film de sport réussi, c’est celui qui parvient à procurer autant de frissons durant les séquences se déroulant sur le terrain que dans les entre-deux. Car au fond, une carrière sportive, ce sont certes des heures d’efforts, parfois surhumains, mais aussi une bonne dose de questionnements, de doutes et de pièges à éviter. Hustle se montre parfaitement à la hauteur de ce constat. Les yeux de Sandler, embués de fatigue et d’émotions en tous genres, font le reste.

«Spiderhead», cobayes masqués

Voilà un film qui fait du bien, stimulant de part en part même s’il n’a rien de parfait. Spiderhead est un film diablement intelligent, sans pour autant être casse-tête; il déroule posément son postulat pour le moins original, et c’est réellement un bonheur d’assister à un tel spectacle. Bienvenue dans un futur proche: dans un institut situé sur une île, un scientifique joué par Chris Hemsworth (si si, et c’est très crédible) pilote une expérimentation inédite, dont les cobayes sont des personnes condamnées à de la prison mais préférant se rendre utiles –et bénéficier en sus d’une semi-liberté pas désagréable.

Équipés d’un boîtier permettant de leur injecter des substances à distance, Jeff (Miles Teller, le héros de Whiplash) et ses camarades se soumettent à une série d’expériences dans lesquelles la chimie peut les pousser à devenir instantanément bavard·es comme des pies, surexcité·es comme des bonobos, ou encore déprimé·es au dernier degré. Se dirige-t-on vers le prix Nobel ou vers la catastrophe? Vous avez sans doute une idée de la réponse.

Éminemment spirituel, souvent drôle malgré son sujet, Spiderhead n’est même pas un film très éprouvant –la violence graphique y est rare, et le regard de Joseph Kosinski (réalisateur du récent Top Gun: Maverick) n’est jamais complaisant. Sa morale un peu prévisible –mieux vaut travailler sur soi-même que de se coller n’importe quoi dans les veines– n’entache en rien la qualité d’un long-métrage bien supérieur à la moyenne des grosses productions récemment proposées par Netflix.

«I Came By», la cave se rebiffe

Après le très bizarre Wounds, thriller traumatisant mais indigeste qui restera sans doute l’un des derniers rôles d’Armie Hammer, Babak Anvari signe ici son deuxième film pour Netflix. Dans I came by, le réalisateur anglo-saxon se focalise d’abord sur deux jeunes graffeurs qui aiment pénétrer dans les domiciles des familles bourgeoises pour y taguer «I came by» («Je suis passé par là»).

Pour sa première mission en solo, l’un d’entre eux entre chez un juge à la retraite et découvre que sa cave est loin de ne servir qu’à entreposer des bouteilles de vin. Mais lorsqu’on est entré illégalement chez un homme respecté de tous, difficile de faire entendre sa voix. Surprise: tout cela n’est que le début. Babak Anvari et sa coscénariste Namsi Khan ont brodé une intrigue pleine de remous.

Non content de développer une ambiance joliment poisseuse, I came by se distingue par son refus des concessions. Peu importe le statut de tel ou telle protagoniste: si une fin tragique doit survenir prématurément, alors elle surviendra. Jouant des ellipses et des changements de point de vue avec malice, le film a le charme des thrillers des années 1990. Dans le rôle glaçant de l’ex-magistrat, Hugh Bonneville (l’un des piliers de Downton Abbey) fait des merveilles.

«Sous sa coupe», le diable s’habille en mama

Là aussi, le charme des nineties n’est pas loin. Premier long-métrage de l’Espagnol Fran Torres, Sous sa coupe oscille entre La Main sur le berceau et Du venin dans les veines, deux films sur fond de rivalité féminine et de fertilité. Mais c’est d’abord au Diable s’habille en Prada que l’on songe, puisque le film démarre avec l’arrivée d’une jeune femme ambitieuse mais ingénue au sein des collaboratrices d’une grande dame de la mode.

Assez vite, la relation entre Sofía (Cumelen Sanz) et sa boss Beatriz (Aitana Sánchez-Gijón, vue récemment chez Almodóvar) va dépasser le cadre professionnel. L’une est enceinte mais ne veut ni bébé ni avortement, et l’autre rêve désespérément d’être mère. Et c’est une GPA improvisée qui va se mettre en place sur des bases complètement vermoulues: acceptant de ne plus sortir pendant des mois pour que personne ne sache qu’elle porte un bébé, Sofía va finir par se rendre compte qu’elle est prisonnière. Dans tous les sens du terme.

Ce serait mentir que d’affirmer que Sous sa coupe est le film de l’année; en revanche, il sort clairement vainqueur du combat qui l’oppose à la plupart des thrillers proposés récemment par Netflix, qui rappelaient les téléfilms «Hollywood Night» proposés par TF1 dans les années 1990 –si vous êtes trop jeune pour avoir connu cette époque, sachez que non, ça n’a rien d’un compliment. Actrices convaincantes, ambiance bien installée, rebondissements qui font mouche: voici un parfait spectacle du samedi soir, et parfois, c’est tout ce dont on a besoin.

«Day Shift», vampires contre-attaquent

Pardon pour le mépris, mais quand un spécialiste des cascades passe à la réalisation, il y a de quoi avoir quelques sueurs froides. Et pourtant; pour son premier film, J.J. Perry, 150 films à son actif en tant que coordinateur de scènes d’action, s’en sort franchement bien. Sans être parfait, Day Shift remplit sa mission: renouveler le film de vampires en lui donnant fraîcheur et inventivité. En matière de divertissement, c’est assez imparable.

Toujours aussi charismatique, Jamie Foxx incarne un père de famille californien travaillant sous couverture: non, il n’est pas vraiment spécialiste de l’entretien de piscine; son truc à lui, c’est de dégommer des vampires. En plein jour. La séquence d’ouverture annonce la couleur: Day Shift est une véritable comédie horrifique, de celles qui arrivent à faire rire tout en soulevant le cœur. Car il est aussi chargé en vannes qu’en scènes de combats pour le moins épiques.

Drôle et poisseux, Day Shift ne lésine pas non plus sur le buddy movie, puisque le héros, maintes fois averti par son employeur pour des manquements au règlement, se voit contraint d’embarquer avec lui un agent de probation peureux incarné par Dave Franco. Le duo entre les deux hommes, qui fonctionne extrêmement bien, n’évoluera pas réellement comme prévu –et la présence d’un troisième larron joué par Snoop Dogg injecte encore plus de folie. Dans le genre, on n’avait peut-être pas éprouvé autant de plaisir depuis le premier Zombieland, et cela fait extrêmement plaisir.

Cinq films pour se souvenir que Netflix, c’est aussi du cinéma