Le Top 200 des meilleurs chanteurs & chanteuses de Rolling Stone divise la toile

De Bowie à Bauhaus, de Nine Inch Nails à Nick Cave, du post-punk au blues, voici les meilleures chansons gothiques selon Rolling Stone.

En 2006, Peter Murphy de Bauhaus était interviewé sur MTV aux côtés de Gerard Way de My Chemical Romance. On lui a demandé sa définition du gothique : « Ça ne peut pas se résumer à un peu de maquillage et à des paroles sombres. Il faut qu’il y ait plus que ça. » « C’est très difficile de catégoriser ce qui est gothique », a ajouté Way. Pour les explications donc, on repassera.

Cette scène était une sorte de passage de flambeau. Le Bauhaus de Murphy a contribué à l’invention du gothique au début des années 1980, Way l’a amené dans les salles de striptease et les stades au 21 siècle. Et pourtant, aucun des deux n’a pu répondre à une question qui hante les gens depuis des décennies : qu’est-ce que le gothique ?

Remontons jusqu’en 1983. Une époque où le club Batcave de Londres en était à ses débuts. C’est là que l’esthétique gothique a été cultivée : amour pour les films d’horreur et les romans gothiques, pâleur maladive et cheveux en pagaille, et surtout, romance et mélancolie. 1983 est aussi l’année où le film de vampires Les prédateurs, avec David Bowie, sort sur grand écran. Vampires, Bowie, Bauhaus : c’était le tiercé gagnant.

Le premier bataillon de groupes post-punk sombres des années 1970 s’est nourri de l’énergie du personnage de Ziggy Stardust de Bowie, une créature androgyne qui ne semblait pas tout à fait humaine. Ajoutez à cela le magnétisme de Dracula (Christopher Lee, Udo Keir et, bien sûr, Bela Lugosi), et vous obtenez l’iconographie essentielle de cette sous-culture, à la fois effrayante et suintante de sex-appeal.

Et le son ? Il est atmosphérique. Quelque part entre le cri d’une banshee et un hurlement qui pourrait séparer la mer Rouge. Le gothique a commencé comme un point de transition entre la simplicité brutale du punk et une obscurité élégante, enveloppée de tristesse et de tant d’émotions. Pour atteindre le statut de gothique, il faut du drame : la musique, dans la plus pure tradition hitchockienne, doit être aussi effrayante que possible.

Considérez cette liste comme une feuille de route vers ce son. C’est une histoire qui touche à des sous-genres tels que la dream pop, le hard rock, la synthpop et le glam, qui fait escale en Espagne et en Allemagne, qui rend hommage aux héros vêtus de noir et aux légendes effrayantes du blues, et qui plonge dans les grottes de l’art rock et les salles de concert punk. Alors, servez-vous une coupe de vin rouge, accrochez-vous à vos chapelets. La nuit va être longue et sombre.

50 – Strawberry Switchblade, « Since Yesterday » (1985)

Malgré son apparence dentelle et froufrous, le duo écossais Strawberry Switchblade formé par Rose McDowall et Jill Bryson était capable d’écrire des chansons tristes. « Since Yesterday », extrait de leur album éponyme de 1985, évoque des souvenirs avec nostalgie, concept au cœur de nombreuses chansons gothiques. À l’exception de leur reprise de « Jolene » de Dolly Parton, qui a été leur dernier single et un petit succès au Royaume-Uni, le duo est resté underground, et McDowall a continué à collaborer avec des artistes tels que Coil, Psychic TV et Dave Ball de Soft Cell.

49 – AFI, « Silver and Cold » (2003)

Les Californiens d’AFI, groupe de hardcore-punk, ont atteint le grand public avec leur album de 2003, Sing the Sorrow. Leur chanson « Silver and Cold » avait tous les attributs du gothique, et le chanteur Davey Havok était parfait dans son rôle (son look ressemblait étrangement à celui de Peter Steele des icônes du goth-métal Type O Negative). L’année suivant la sortie de « Silver and Cold », le groupe a marqué des points supplémentaires en interprétant « Just Like Heaven » devant Robert Smith pour le MTV Icon Award des Cure.

48 – Diamanda Galas, « Double Barrel Prayer » (1988)

Depuis la fin des années 1970, Diamanda Galas n’a cessé de produire des œuvres expérimentales capables de faire sortir des âmes torturées des cavernes de Satan, sa voix se tordant d’un mal que l’on ne trouve que chez les possédés. La chanson de 1988 « Double Barrel Prayer » ressemble au résultat d’un exorcisme raté : la voix de Galas pourrait effrayer le plus chevronné des gothiques. You Must Be Certain of the Devil est le dernier volet d’une trilogie d’albums réalisée en réponse à la crise du sida, après la mort de son frère de cette maladie en 1986.

47 – She Wants Revenge, « Tear You Apart » (2006)

On dit que l’imitation est la forme de flatterie la plus sincère. Si c’est le cas, l’album éponyme de She Wants Revenge, sorti en 2006, est sacrément flatteur. Le duo de Los Angeles, composé de Justin Warfield et Adam Bravin, n’a pas hésité à afficher ses influences, les Cure et Bauhaus. (Ça a marché, d’ailleurs : ils ont fait la première partie de Depeche Mode, Peter Murphy et Psychedelic Furs). « Tear You Apart » possède plusieurs caractéristiques gothiques essentielles réunies en une seule : une voix qui imite Ian Curtis de Joy Division, un rythme électronique rapide et des paroles assoiffées de sang.

46 – Siouxsie and the Banshees, « Red Light » (1980)

Siouxsie and the Banshees est l’un des premiers groupes à passer du punk au post-punk (Siouxsie Sioux suivait souvent les Sex Pistols dans le groupe de fans appelé le Bromley Contingent). Ils ont posé les bases de la sous-culture gothique dès 1977 avec leur aura glaciale. « Red Light », extrait de l’album Kaleidoscope de 1980, permet au groupe d’explorer la technologie primitive des synthétiseurs de l’époque. Avec un tempo sulfureux, la chanson utilise les sons de l’obturateur d’un appareil photo et du rembobinage, tandis que Sioux nous invite à « entrer dans cette obscurité ». Elle nous a forcés à tomber sous son charme pour les décennies à venir.

45 – My Chemical Romance, « Helena » (2004)

La mixture glam-punk sombre de ce groupe du New Jersey, à la fois triste et impertinent, a touché une corde sensible dans l’Amérique moyenne. Dans le clip de « Helena », on voit un enterrement et des ballerines vêtues de noir, tandis que la coiffure particulière du chanteur Gerard Way semble faire fondre le cœur des bébés chauves-souris comme celui des adolescents emo. Il faut bien commencer quelque part…

44 – Type O Negative, « Love You to Death » (1996)

« Love You to Death », le single de l’album October Rust de Type O Negative en 1996, doit autant au métal qu’aux Sisters of Mercy : un mélange de guitares dures et de douces nuances gothiques. C’est dur, mais juste ce qu’il faut. Le frontman du groupe de Brooklyn, Peter Steele, n’avait aucun scrupule à entrer en contact avec ses émotions ou sa libido, et l’érotisme qu’il apportait à la musique de Type O Negative a fait grimper l’excitation de ses fans jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 48 ans.

43 – Echo and the Bunnymen, « Zimbo/All My Colours » (1981)

Si vous avez un jour envie de vous glisser dans les recoins les plus sombres de votre esprit, vous y rencontrerez Ian McCulloch d’Echo and Bunnymen. Le groupe de Liverpool aimait tellement cette chanson qu’il l’a sortie trois fois : d’abord sur son EP live de 1981, Shine So Hard (sous le titre « Zimbo »), puis sur son album phare de 1982, Heaven Up Here, sous le titre « All My Colours », et en face B du single « The Cutter » en 1983. Avec sa batterie tribale post-punk caractéristique, la guitare brillamment sombre de Will Sergeant et la voix de baryton de McCulloch imprégnée de mélancolie, la chanson peut être décrite comme quatre minutes de dépression partagée dans laquelle chacun peut se plonger.

42 – Parálisis Permanente, « Héroes » (1982)

Au début et au milieu des années 1980, Madrid était « The place to be ». La scène underground naissante de « La Movida Madrileña » était un mouvement expérimental et hédoniste de contre-culture qui touchait l’art sous toutes ses formes : musique, cinéma, mode, littérature et photographie. Le look correspondait à un étalage macabre de cheveux teints (parfois une perruque, parfois non), un maquillage abondant et une panoplie d’accessoires fétichistes et punk. C’est de Madrid que viennent les Parálisis Permanente, dont font partie Eduardo Benavente et Ana Curra. Leur reprise en 1983 de « Heroe» de David Bowie sur El Acto était un hommage à leurs influences musicales, qui représentait aussi fièrement leur propre héritage hispanophone.

41 – Suicide, « Ghost Rider » (1977)

« Ghost Rider », la chanson d’ouverture du premier album éponyme de Suicide en 1979, est certainement proto-gothique. « Les gens nous ont donné toutes sortes d’étiquettes, mais ils n’ont jamais pu nous catégoriser, a déclaré Alan Vega en 2002. On nous a appelés techno, électro, punk, post-punk, glitter, industriel, psychobilly ». Originaires de New York, Suicide n’avait peur de rien dans son expérimentation musicale brute. Vega et son partenaire, Martin Rev, ont composé une musique cauchemardesque dont de nombreux groupes gothiques se sont inspirés, y compris Andrew Eldritch de Sisters of Mercy, qui a cité Suicide comme l’un de ses groupes préférés.

40 – Clan of Xymox, « Jasmine and Rose » (1999)

Le groupe néerlandais Clan of Xymox a eu une grande influence dans les années 1980. La coiffure du chanteur Ronny Moorings ne laissait pas indifférent, tout comme sa capacité à injecter du pur désespoir dans tout ce qu’il touchait. Mais leur chanson de 1999 « Jasmine and Rose », tirée de l’album Creatures, a catapulté le gothique dans le nouveau millénaire en s’éloignant du post-punk pour se diriger vers un son dance à tendance industrielle, tout en conservant le romantisme des premières chansons comme « A Day ».

39 – The Sisterhood, « Giving Ground » (1986)

Comme n’importe quelle sous-culture, les gothiques apprécient une bonne querelle. La séparation des Sisters of Mercy en est le meilleur exemple. En 1986, Wayne Hussey et Craig Adams quittent le groupe et décident de poursuivre sous le nom de Sisterhood. Sans surprise, Andrew Eldritch, le leader des Sisters, trouve ce nom un peu trop proche, alors il les devance et prend le nom pour lui-même, enregistrant et sortant « Giving Ground » sous le nom de Sisterhood en une semaine. Le stratagème a fonctionné, et il se trouve que « Giving Ground » est un chef-d’œuvre. La vengeance peut être si douce.

38 – Fad Gadget, « Lady Shave » (1982)

Premier groupe signé sur le label britannique Mute de Daniel Miller, Fad Gadget est l’un des groupes les plus importants de l’histoire de la synth-pop (Depeche Mode a fait la première partie de Fad Gadget et a décroché un contrat avec Mute peu après). Le chanteur Frank Tovey, qui se produisait recouvert de goudron et de plumes, semblait toujours en décalage avec lui-même sur scène, un peu comme un Iggy Pop. Face B du single « Make Room » de 1981, « Lady Shave » offre une histoire horrible de paranoïa et de tension.

37 – Cocteau Twins, « Pandora (For Cindy) » (1984)

Il semble que l’élégance soit toujours venue naturellement aux Cocteau Twins, icônes de la dream-pop. La chanteuse Elizabeth Fraser flirte avec l’auditeur avec une voix opulente qui se niche dans le luxe de leur musique tourbillonnante. Leur album de 1984, Treasure, est l’un des préférés de Robert Smith. La romance éthérée de « Pandora » est une tranche de chaleur céleste qui nous emporte alors que nous nous demandons de quoi parle Fraser exactement. Mais avec une chanson comme celle-là, on s’en fiche un peu de toute façon.

36 – Nine Inch Nails, « Dead Souls » (1994)

Tous les gothiques aiment le film The Crow de 1994. C’est obligatoire. La sombre superproduction hollywoodienne avec Brandon Lee (qui est mort accidentellement pendant le tournage) a touché une corde sensible. La bande-son comprend les Cure, My Life With the Thrill Kill Kult, Jesus and Mary Chain et, surtout, Nine Inch Nails, qui propose une reprise métallique et grinçante de « Dead Souls » de Joy Division. The Crow a propulsé la sous-culture gothique vers le grand public, et près de trois décennies plus tard, il n’y a pas de bonne fête gothique sans la présence d’au moins une personne habillée en The Crow.

35 – She Past Away, « Kasvetli Kutlama » (2012)

Comme indiqué précédemment, il arrive que des groupes imitateurs fassent un très bon travail d’imitation. Le groupe turc de darkwave She Past Away y est parvenu avec son titre de 2010 « Kasvetli Kutlama », qui figure sur son album de 2012 Belirdi Gece. La chanson s’inspire de la symbiose entre boîtes à rythmes, guitares luxuriantes et nappes de synthétiseurs, inspirée de groupes tels que Clan of Xymox et Sisters of Mercy. She Past Away est considéré comme la figure de proue de la vague actuelle de nouveaux artistes gothiques.

34 – Bauhaus, « Stigmata Martyr » (1980)

Les gothiques ont toujours été de grands fans du catholicisme, depuis ses rituels sacramentels jusqu’au symbolisme en passant par le fait que les chapelets font de superbes colliers. « Stigmata Martyr », extrait du premier album post-punk de Bauhaus, In The Flat Field, se nourrit des saints alors que le leader Peter Murphy crache la phrase latine « In nomine Patris et Filii, et Spiritus Sanсti » (« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit »). On retrouve cette chanson parfaitement sacrilège dans le film d’horreur La Nuit des Démons de 1988, lors d’une scène de possession chorégraphiée.

33 – Depeche Mode, « Black Celebration » (1986)

En tant que plus grand groupe de synthétiseurs de tous les temps, Depeche Mode a une façon particulière de rendre sexy les addictions malsaines et la mort. Leur album Black Celebration de 1986 a marqué une nouvelle ère dans leur histoire : ici, ils ont enfilé leur tenue de cuir noir et pris leurs marteaux (« On frappe n’importe quoi pour faire un son », a déclaré Dave Gahan), troquant leur son pop des débuts pour quelque chose de plus sombre, plus lourd et plus extrême. La chanson titre va crescendo jusqu’à devenir une invitation séduisante à rejoindre Depeche Mode dans « un autre jour noir ».

32 – Johnny Cash, « Hurt » (2002)

Dans ce qui allait s’avérer être ses derniers jours, Johnny Cash a fait un geste qui a surpris le monde entier lorsqu’il a choisi de reprendre « Hurt » de Nine Inch Nails. L’interprétation de Cash de cette ballade sur l’automutilation et l’isolement semblait plus déprimante encore que la version originale de Trent Reznor. « Quand j’ai entendu le disque, j’ai dit que je ne pouvais pas faire cette chanson, ce n’est pas mon style », a déclaré Cash en 2003, l’année même de sa mort. Mais il a si bien interprété la chanson qu’elle est devenue son propre éloge funèbre.

31 – This Mortal Coil, « Sixteen Days/Gathering Dust » (1983)

Vous voulez avoir l’impression d’entrer dans une maison hantée ? Ce medley de deux chansons de Modern English, « Sixteen Days/Gathering Dust », est un tourbillon de pure extase avec ses guitares tourmentées et ses voix inquiétantes. Rien de moins qu’un orgasme gothique, cette collaboration de 1983 entre les voix fantomatiques et entrelacées d’Elizabeth Fraser des Cocteau Twins et de Gordon Sharp de Cindytalk vous possédera, vous submergera et s’immiscera dans les couloirs sombres de votre âme dont vous ne soupçonniez même pas l’existence.

30 – Light Asylum, « Dark Allies » (2010)

« Dark Allies » est destiné au dance-floor. Cette chanson de 2010 de Light Asylum s’est avérée être un classique intemporel dès sa sortie, en grande partie grâce à la voix de Shannon Funchess, dont le registre n’a que peu d’équivalents (Alison Moyet de Yaz pourrait être une exception). Le duo, formé par Funchess et Bruno Coviello, a écrit une chanson pop sombre magistrale qui fait référence au passé mais qui est tournée vers l’avenir. Femme noire dans un genre incroyablement blanc, Funchess a plongé très tôt dans cette scène. Son premier groupe, qu’elle a rejoint à l’âge de 15 ans, lui a fait rendre hommage à deux sommités. « Nous avons fait une reprise hybride de Ziggy Stardust” de David Bowie, et j’ai essayé de la chanter comme Peter Murphy de Bauhaus. Des légendes, tous les deux », a-t-elle raconté.

29 – Alien Sex Fiend, « R.I.P. » (1983)

En tant que groupe maison de la Batcave, un club londonien réputé, Alien Sex Fiend a poussé le théâtral à l’extrême. Contrairement à la plupart des artistes de cette liste, Alien Sex Fiend trouvait de l’humour dans le gore. À mi-chemin entre les Stooges et les montages d’horreur de série B, Nik Fiend et son groupe portaient de la peinture blanche et de l’eye-liner noir, et le spectacle sur scène comprenait une banane surdimensionnée et des toiles d’araignée suspendues au plafond. Le morceau frénétique « R.I.P. » est apparu pour la première fois en 1983 sur la compilation Young Limbs and Numb Hymns, qui comprenait des chansons de Specimen, Test Dept. et Sexbeat.

28 – The Mission, « Wasteland » (1986)

Lorsque Wayne Hussey et Craig Adams se séparent des Sisters of Mercy après le premier album du groupe en 1985, personne ne s’attend à ce qui allait suivre. « Wasteland », la chanson phare du premier album de Mission, God’s Own Medicine, en 1986, a prouvé que Hussey était une puissance à part entière. Habillé d’un look spaghetti western grunge avec un chapeau à larges bords, un manteau trop grand et des conques, Mission a poussé la mode gothique dans une nouvelle direction et, avec Fields of the Nephilim, a fait évoluer la musique vers un territoire plus rock et psychédélique à la fin des années 1980. Mettez « Wasteland » et vous pourrez presque sentir les clous de girofle et le patchouli.

27 – Nick Cave and the Bad Seeds, « Red Right Hand » (1994)

« Red Right Hand » est apparu dans toutes sortes de films, de Dumb and Dumber aux films Scream, et est même devenu le générique de la série Peaky Blinders. Ce qui en fait l’une des rares chansons gothiques à être passée dans le mainstream de la culture pop. C’est peut-être en raison de sa sonorité musclée et de la tension qu’elle fait naître grâce à un son métallique, un orgue et le ronronnement de Cave. Des points supplémentaires sont accordés pour la présence à la guitare de Blixa Bargeld, du groupe industriel allemand Einstürzende Neubauten, dont la relation avec Cave était très intime : « Pour moi, Blixa Bargeld est immuable, divin », déclarait Cave en 1997.

26 – The Cure, « The Hanging Garden » (1982)

Pornography, l’album phare de The Cure sorti en 1982, commence par la phrase « It doesn’t matter if we all die » (« Peu importe si nous mourons tous »), puis se précipite directement dans les fosses ardentes de l’abîme sans un regard en arrière. La pièce maîtresse de l’album est « The Hanging Garden », une incursion dans les ténèbres les plus profondes de la nuit, avec sa batterie tribale endiablée et les guitares hurlantes de Robert Smith en lutte acharnée avec ses propres pensées. Même Smith, qui estime n’avoir été qu’une « note de bas de page » dans l’histoire du gothique, admet que « The Hanging Garden » est très gothique : « Il y a un look et une sorte de vibration et d’atmosphère, oui. »

25 – X-Mal Deutschland, « Qual » (1983)

Comme pour le reste des artistes non anglophones de cette liste, nous n’avons pas vraiment besoin de comprendre les paroles : tout est dans la manière de les cracher. « Je ne me suis jamais considérée comme une chanteuse, expliquait Anja Huwe en 2018. J’étais une interprète. Les mots étaient importants pour moi, mais je n’en avais rien à faire que les gens chantent avec moi ou sachent ce que je chantais. C’était mon truc, mon secret. » Le titre « Qual », extrait de l’album Fetisch de 1983, montre X-Mal Deutschland sous son jour le plus assuré, avec une hostilité dance-punk qui rappelle une version plus frénétique et agitée des Liliput ou des Rubella Ballet.

24 – The Damned, « Shadow of Love » (1985)

Dave Vanian a vécu toute sa vie de damné en tant que vampire. Avant d’être une icône gothique, le chanteur des Damned était fossoyeur et ressemblait comme deux gouttes d’eau à Udo Kier dans Andy Warhol’s Dracula. Les Damned ont été l’un des tout premiers groupes punk londoniens, mais au milieu des années 1980, ils se sont tournés vers le rock gothique. Comme tout le reste de leur album de 1985, Phantasmagoria, « Shadow of Love » fait appel à l’épouvante, avec toutes ses goules et créatures qui se promènent dans la nuit. Pour cimenter cette nouvelle orientation, le groupe fait appel au mannequin gothique Susie Bick dans le clip de « Shadow of Love » et sur la pochette de Phantasmagoria. Susie Bick épousera Nick Cave et créera une ligne de vêtements appelée Vampire’s Wife.

23 – Tones on Tail, « Christian Says » (1987)

En 1982, le guitariste de Bauhaus, Daniel Ash, a formé Tones on Tail pour expérimenter une musique plus axée sur la danse (il a également emmené le batteur de Bauhaus, Kevin Haskins). Sans surprise, leur musique est devenue l’une des favorites des clubs gothiques, en particulier la chanson de 1984 « Christian Says ». Le groupe a certainement eu une influence sur le rockeur aujourd’hui en disgrâce Marilyn Manson, qui s’est fortement inspiré de la chanson « War » des Tones on Tail pour son méga-succès « The Beautiful People ».

22 – Killing Joke, « Love Like Blood » (1985)

Tout comme les Damned, Killing Joke a fait ses armes dans le punk avant de s’aventurer dans des territoires plus sombres. L’album Night Time, sorti en 1985, a propulsé le groupe au rang de star du rock angoissé des années 1980, grâce à la volonté inébranlable du leader Jaz Coleman de refléter la morne stérilité du monde qui l’entoure. Coleman a basé « Love Like Blood » sur les écrits de Yukio Mishima. « Ce que j’ai aimé, c’est [son] concept d’écrire avec du sang, a-t-il expliqué. C’est comme une sincérité absolue. Vous êtes votre art, et vous devez personnifier votre art. »

21 – The Velvet Underground, « Venus in Furs » (1967)

Avec leur look entièrement noir et le désir intrépide du leader Lou Reed de parler de sujets sombres que personne d’autre n’oserait aborder, les Velvet Underground sont des pionniers du gothique. Lorsque « Venus in Furs » est sorti en 1967, l’idée d’une chanson sur le BDSM et la recherche du plaisir dans la douleur était littéralement inconnue dans la musique pop. Mais le Velvet Underground a levé ce tabou et l’a mis en lumière. Le rythme funèbre et hypnotique de la chanson et la voix dangereusement froide de Reed jettent un charme envoûtant, une emprise brumeuse qui ne se relâche jamais.

20 – Crystal Castles feat. Robert Smith, « Not in Love » (2010)

Au 21e siècle, Robert Smith nous a offert deux bombes. La première était la chanson « All of This », en 2003, sur le cinquième album éponyme de Blink-182, et la seconde était une reprise en 2010 de l’ancienne chanson new wave « Not in Love » avec le duo électro-pop de Toronto Crystal Castles. Enregistrée à l’origine par le groupe canadien des années 1980 Platinum Blonde, « Not in Love » incarne l’esprit gothique. Non seulement parce que la voix de Smith rappelle les recoins les plus sinistres de la discographie de The Cure, mais aussi parce que la chanson semble capturer une mélancolie universelle et inattendue. Pleurons tous ensemble, d’accord ?

19 – Sisters of Mercy, « Black Planet » (1985)

Les Sisters of Mercy ont mis dans le mille avec First and Last and Always, sorti en 1985. Leur premier album est un moment fort de la transformation du post-punk en gothique, porté par la symétrie de la guitare de Wayne Hussey, de leur boîte à rythmes (qu’ils ont surnommée Doktor Avalanche) et du chant impérieux et graveleux d’Andrew Eldritch. Sur « Black Planet », il arpente un paysage dystopique si sombre que la seule issue est la guerre nucléaire. Le clip donne le ton des Sisters à cette époque : les musiciens ressemblent à des cadavres sexy dans une Pontiac rouge, en train de rouler sur la Pacific Coast Highway de Californie.

18 – Specimen, « Kiss Kiss Bang Bang » (1983)

Specimen n’est pas aussi connu que d’autres groupes ici, mais les gothiques leur doivent beaucoup. Le chanteur Olli Wisdom a fondé le Batcave en 1982 pour permettre à Specimen de se produire, et c’est devenu le club gothique par excellence. « Nous n’essayions pas de lancer un mouvement, ni de définir ce que la mode allait être. Nous voulions juste prendre le contrôle total de l’environnement dans lequel nous présentions notre groupe, expliquait Wisdom en 2016. C’était juste adapté à l’esprit du temps : tout le monde le voulait en même temps ». Malgré leur manque de succès en dehors du Royaume-Uni, le glamour « Kiss Kiss Bang Bang » de leur mini-LP de 1983, Batastrophe, permet de goûter à l’esthétique de la Batcave, le son des faucons de la mort et des résilles déchirées.

17 – London After Midnight, « Sacrifice » (1992)

Le refrain de « Sacrifice » évoque immédiatement l’image des gothiques des années 1990, drapés de noir sur la piste de danse. Le groupe californien London After Midnight était la quintessence du rock gothique décadent des années 1990 avec son leader Sean Brennan. Sur « Sacrifice », sa voix pleine d’écho est distante, presque comme s’il disparaissait devant nos yeux, alors qu’il chante son martyre pour son véritable amour. Avec sa crinière de lion et son maquillage androgyne, Brennan a été scotché sur le mur de la chambre de chaque adolescent gothique, aux côtés de son ancien compagnon de groupe, John Koviak.

16 – Peter Murphy, « Cuts You Up » (1989)

Les pommettes de Peter Murphy étaient si pointues qu’on pourrait se demander si « Cuts You U» n’est pas un avertissement de ne pas s’en approcher trop près. Cette chanson alternative de la fin des années 1980, tirée de son album Deep de 1989, resplendissante avec sa guitare acoustique et son violon, évoque une romance vampirique comme aucune autre chanson n’a jamais pu le faire. La même année, Murphy a déclaré qu’il aimerait jouer un vampire dans l’adaptation cinématographique du roman d’Anne Rice, Lestat le vampire. Mais son seul titre de gloire au cinéma après son apparition dans Les Prédateurs a été un caméo malheureux dans le premier film Twilight.

15 – Sex Gang Children, « Sebastiane » (1983)

En 1994, Ian Astbury du groupe Cult a affirmé que le gothique venait du chanteur de Sex Gang Children, Andi Sex Gang : « J’avais l’habitude de l’appeler le Gobelin gothique, parce que c’était un petit gars, qu’il était sombre et qu’il vivait dans un immeuble à Brixton appelé Visigoth Towers, a déclaré Astbury. C’était donc le Gobelin gothique et ses disciples étaient des Goths. » Crédible, vraiment, puisque la voix d’Andi fait penser aux cris des démons, un talent unique qui est particulièrement évident sur « Sebastiane », le sommet érotique de la carrière de Sex Gang Children en 1983.

14 – Christian Death, « Spiritual Cramp » (1982)

Christian Death a mis l’accent sur la religion en tant que concept, à la fois dans leur musique et dans leurs concerts. Le chanteur Rozz Williams a été crucifié une fois sur scène (aïe). En tant que mouvement parallèle à la scène post-punk britannique de la fin des années 1970 et du début des années 1980, le death rock de Los Angeles s’est inspiré des vestiges décrépis du glamour hollywoodien. « Spiritual Cramp », extrait de l’album Only Theatre of Pain de 1982, est un aperçu irrévérencieux de la performance artistique de Williams, qui repousse les limites jusqu’au blasphème.

13 – The Cult, « She Sells Sanctuary » (1985)

Beaucoup affirment que 1986 est l’année où le déclin de la première vague du gothique a commencé. C’est le moment où la sous-culture est sortie de la tombe et s’est retrouvée sous les projecteurs stériles du rock alternatif mainstream. Le parcours de The Cult est une bonne métaphore de cette transition. À chaque fois qu’il s’éloignait du gothique, le groupe raccourcissait son nom (de Southern Death Cult à Death Cult à The Cult) pour finalement arriver à la célébrité avec « She Sells Sanctuary ». Les puristes se sont moqués, mais plusieurs groupes ont suivi leurs traces. La chauve-souris est enfin sortie du sac.

12 – Iggy Pop, « Funtime » (1977)

Iggy Pop et son producteur David Bowie ont prédit l’avenir avec « Funtime », extrait de son excellent album The Idiot, sorti en 1977. Lorsqu’Iggy a chanté la phrase « Last night I was down in the lab, talkin’ to Dracula and his crew » sur une production caverneuse et larmoyante, c’était presque comme s’il donnait des ordres à la sous-culture gothique qui allait se développer environ un an plus tard. La chanson a également été incluse dans le film gothique Le Prédadeur. Pour couronner l’aura sombre autour du meilleur album solo de Pop, Ian Curtis de Joy Division avait The Idiot sur sa chaîne stéréo lorsqu’il s’est pendu en 1980.

11 – The Birthday Party, « Release the Bats » (1982)

Le charabia gothique du single « Release the Bats » de Birthday Party en 1981 ne ressemble à rien d’autre dans toute la musique : « Sex horror, sex bat, sex horror, sex vampire », glapit Nick Cave, au bord de l’hystérie. Nick Launey, le producteur de la chanson, a dit ceci de sa collaboration avec le groupe : « Ils sont entrés en ayant l’air de ne pas avoir dormi depuis des jours, tous élégamment vêtus de noir, comme s’ils revenaient de l’église, mais peut-être que l’église était en ruine avec des rats, et ils ne s’étaient pas lavés depuis des semaines. Je dois dire qu’enregistrer une chanson intitulée “Release the Bats avec des gens qui ressemblaient à des vampires était sacrément excitant ! »

10 – Virgin Prunes, « Baby Turns Blue » (1982)

Les Virgin Prunes, curiosités irlandaises, étaient plus des artistes de la performance qu’autre chose, et leurs concerts devenaient des spectacles grandioses avec des accessoires et des intrigues comprenant des têtes de cochons, des candélabres et des morceaux de poupées. Leurs premiers albums étaient principalement constitués d’improvisations chaotiques en une seule prise, mais leur album de 1982, …If I Die, I Die, mettait l’accent sur la solide musicalité qui se cachait derrière la théâtralité (avec l’aide du producteur Colin Newman, des icônes de l’art-punk Wire). « Rétrospectivement, …If I Die, I Die est un album merveilleux. Il a un côté éternel particulier », se souvient le chanteur et membre principal Gavin Friday. « Baby Turns Blue » semble tout aussi étrange aujourd’hui qu’il y a 40 ans.

9 – Sex Beat, « Sex Beat » (1985)

Peut-être sans le vouloir, « Sex Beat » est devenu la chanson thème du gothique. « Certains portent du cuir, d’autres de la dentelle. Certains se maquillent le visage ! insiste Hamish MacDonald en énumérant tous les attributs divers de la sous-culture. Certains sont pauvres, d’autres sont riches. » Cette chanson dépouillée, avec sa ligne de basse percutante et sa caisse claire qui l’est tout autant, est apparue pour la première fois sur la compilation Batcave de 1983, Young Limbs and Numb Hymns, et est devenue depuis un standard du circuit des clubs gothiques. MacDonald était également DJ résident au Batcave, il savait donc exactement de quoi il parlait.

8 – Danse Society, « Heaven Is Waiting » (1983)

En 1984, le groupe Danse Society a sorti son album Heaven Is Waiting. celui-ci a toutes les caractéristiques du gothique, avec ses synthétiseurs atmosphériques et ses guitares mélancoliques, lisses et baignant dans une obscurité soyeuse et glaciale. La chanson-titre est capable d’attiser les émotions des auditeurs les plus endurcis, et le visage poupon de Steve Rawlings (à qui l’on a un jour proposé le rôle principal d’un biopic sur Jim Morrison en raison de son physique) est capable de conquérir ces mêmes cœurs grâce à son style mauvais garçon en cuir noir. Jouer à se faire désirer, ça marche toujours.

7 – Joy Division, « Atmosphere » (1980)

Sorti quelques mois après le suicide tragique du chanteur de Joy Division, Ian Curtis, en août 1980, « Atmosphere » était (et reste) incroyablement lourd. « Beaucoup de gens disent que c’est leur chanson préférée de Joy Division, mais ce n’est pas la mienne, écrit le bassiste Peter Hook dans Unknown Pleasures. Elle me rappelle trop Ian, comme si c’était sa marche funèbre ou quelque chose comme ça, et il se trouve que c’est l’une des chansons les plus populaires à jouer lors des funérailles ». La guitare basse caractéristique de Hook avance sur des accords de synthétiseurs balayant la voix de baryton-basse de Curtis. Accompagnée du clip d’Anton Corbjin, avec ses personnages masqués et sans visage, la chanson ne suggère rien d’autre qu’une procession funéraire.

6 – Screamin’ Jay Hawkins, « I Put a Spell on You » (1956)

Même si le gothique n’est apparu que 25 ans plus tard, Screamin’ Jay Hawkins a allumé la flamme avec son tube diabolique de 1956 « I Put a Spell on You ». L’artiste de blues de Cleveland a enregistré la chanson dans un état de stupeur alcoolique, et ses cris et grognements voraces dépassaient l’émotion intense pour évoquer le surnaturel. Les performances live d’Hawkins de cette chanson étaient hypnotiques à voir. Empruntant aux personnages les plus appréciés de l’horreur, il se levait d’un cercueil, portant une cape fluide et tenant à bout de bras un bâton de grigri surmonté d’un crâne fumant une cigarette.

5 – Sisters of Mercy, « Dominion » (1988)

Difficile de choisir la meilleure chanson des Sisters of Mercy (la version de près de 10 minutes de « Lucretia My Reflection » est vitale lors des soirées en boîte, lorsque le DJ a besoin d’une pause pipi). Mais « Dominion », extrait de l’album Floodlands (1987), est le sommet absolu du groupe, une réussite monumentale, avec sa batterie des années 1980 et son refrain suffisamment grand pour remplir une cathédrale vide. La version de sept minutes de l’album s’enchaîne avec « Mother Russia », dans laquelle Andrew Eldritch encourage les Soviétiques à gagner la guerre froide (un geste plutôt audacieux en 1987). La bassiste Patricia Morrison (qui allait devenir la reine du gothique en épousant Dave Vanian des Damned) avait rejoint les Sisters au milieu des années 1980, et avec sa voix imposante, ses ongles noirs pointus, ses cheveux peignés en arrière et ses lèvres rouges tachées de sang, elle ajoutait un élément sévère mais ô combien féminin à l’esthétique du groupe, notamment dans le clip de « Dominion », qui comprend une cavalcade épique de chevaux dans les ruelles de l’ancienne Jordanie.

4 – David Bowie, « Starman » (version « Top of the Pops ») (1972)

Le gothique n’existerait pas sans David Bowie. Et si le gothique existait sans Bowie, il serait bien terne. C’est Bowie qui a instantanément changé la vie des inventeurs du gothique avec cette émission Top of the Pops du 6 juillet 1972, dans laquelle il a joué « Starman », tirée de The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Toute la bande des gothiques (y compris Siouxsie Sioux, Robert Smith, Daniel Ash et David J de Bauhaus) a vu Bowie, l’alien androgyne dans sa combinaison dorée et ses cheveux bordeaux, interpréter ces trois minutes de bonheur transformateur. David J a parlé de ce moment dans son livre Who Killed Mister Moonlight : « La visite de Bowie était une explosion de couleurs et d’excitation. Un choc galvanisant de beauté ». Dix ans plus tard, Bauhaus a connu le succès avec sa reprise de « Ziggy Stardust ».

3 – The Cure, « Disintegration » (1989)

Lorsque vous vous sentez déprimé, Disintegration est là pour vous tenir la main, vous tenir compagnie. C’est une musique pour les nuits les plus sombres et les pensées les plus lugubres. En fait, Melody Maker a noté que le chef-d’œuvre de 1989 des Cure était « aussi amusant que de perdre un membre ». Même si Disintegration a été inspiré par l’horreur du 30e anniversaire imminent de Robert Smith (« C’est ce sentiment que tout s’effondre »), l’album s’est avéré être la désintégration littérale des Cure, car Smith a pris le contrôle de leur musique et le membre original Lol Tolhurst a été évincé du groupe. Le tumulte qui en résulte se retrouve dans tous les recoins de l’album (la seule lueur d’espoir est « Lovesong », et même celle-ci n’est pas très gaie), et il est particulièrement retentissant sur l’imposant morceau titre, une ode de huit minutes au chagrin d’amour qui commence par le bruit d’un verre brisé et ne fait que devenir de plus en plus intense. Le sentiment de folie de Smith ne cesse de croître alors que la chanson atteint son apogée, ce qui en fait, sans doute, sa plus grande performance en tant que chanteur. Trinquons à la douceur du chagrin.

2 – Siouxsie and the Banshees, « Spellbound » (1981)

S’il y avait une bande originale pour Halloween, ce serait Juju. D’ailleurs, il y a même une chanson intitulée « Halloween » sur l’album de 1981 de Siouxsie and the Banshees. Mais le premier single, « Spellbound », est le meilleur, avec la guitare tourbillonnante et maniaque de John McGeoch, nouveau membre du groupe, la batterie tonitruante de Budgie et le chant de Siouxsie Sioux. « J’ai toujours pensé que l’une de nos plus grandes forces était notre capacité à créer une tension dans la musique et dans le sujet, a déclaré Siouxsie Sioux. Beaucoup de groupes gothiques ont imité Juju, mais ils ont simplement fini par le diluer ». Effrayant, mais jamais excessif, « Spellbound » est le plus sorcier de tous.

1 – Bauhaus, « Bela Lugosi’s Dead » (1982)

« Bela Lugosi’s Dead » de 1979 est la première chanson que Bauhaus a enregistrée. « C’était comme si nous jouions cette étrange chanson depuis des années, écrit le bassiste David J Haskins dans son autobiographie. Toutes les parties se sont parfaitement mises en place, et tout d’un coup, nous avions une épopée de neuf minutes entièrement formée sur les bras. De la magie sortie de nulle part ! » Les rimshots réverbérés et le travail de Daniel Ash à la guitare bouillonnent de tension, et lorsque Peter Murphy chante les lignes obsédantes « Les chauves-souris ont quitté le clocher, les victimes ont été saignées », on a immédiatement en tête une vision de monstres obscurs traînant juste au coin de la rue. La chanson est également la bande-son des six minutes les plus importantes de l’histoire du gothique : la séquence d’ouverture des Prédateurs, dans laquelle David Bowie joue le rôle d’un vampire en manque de sexe qui traque sa proie tandis que « Bela Lugosi’s Dead » résonne dans un club souterrain. La vie nocturne des morts-vivants éternels n’a jamais été aussi séduisante.

Andi Harriman

Traduit par la rédaction

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